Fragments d’un pays vert
FRAGMENTS
D’UN PAYS
VERT
Voyage géopoétique au Groenland de l’Est
Une installation mêlant fragments littéraires, photographies, archives sonores, paysages enregistrés, collection de Tupilaat, objets inuit et créations musicales originales.
En 1964, le réalisateur belge Jean Harlez part au Groenland avec sa femme Marcelle Dumont pour tourner plusieurs documentaires autour des paysages groenlandais et de l’art inuit : Ilulissat, icebergs et glaciers groenlandais, Tupilak ainsi qu’Igartalik, la vie groenlandaise.
À l’époque, le ministère de la Communauté française avait été séduit par ce jeune réalisateur installé dans les Marolles, auteur du documentaire Les gens du quartier, consacré aux petits métiers bruxellois. Après une première mission au Groenland pour filmer le Club Alpin belge, Jean Harlez revient avec Escalades au soleil de minuit.
Ces différents films, accompagnés du journal de bord de Marcelle Dumont Pour un fleuve de glace, seront plus tard réunis dans le coffret de la Cinémathèque : Des Marolles au Groenland.
Cinquante-cinq ans plus tard, je réalise à mon tour ce voyage après avoir été sélectionnée pour une résidence artistique au Groenland proposée par l’association suisse Marémotrice.
S’il existe aujourd’hui de nombreuses données scientifiques sur le réchauffement climatique, la fonte des glaces ou l’évolution de la faune polaire, il existe encore peu de traces artistiques sensibles de cette région en mutation.
L’association souhaite alors ouvrir un dialogue entre art, territoire et transformations du monde polaire.
Avant mon départ, je rencontre Jean Harlez et Marcelle Dumont grâce à Christine Rigaux, directrice du Centre Culturel Bruegel dans les Marolles.
Le 17 août 2019, j’atterris à Kulusuk et débute mon voyage dans la région de Tasiilaq.
À bord du Knut, un voilier de douze mètres, j’écris, photographie, dessine et enregistre.
Je lis Knud Rasmussen, Paul-Émile Victor et Jørn Riel.
À mon retour, je rencontre Carl Norac, poète national belge 2020.
Depuis l’enfance, Carl Norac rêve du Groenland sans jamais y être allé. Peu importe : il possède déjà ses paysages intérieurs, ses imaginaires, sa poésie. Passionné par les cultures inuit, il collectionne les Tupilaat, écrit autour des légendes groenlandaises et partage depuis des années conférences et récits autour de l’art inuit.
Peu à peu naît l’idée d’un projet réunissant trois générations d’artistes belges autour de ce territoire du Grand Nord, de ses récits, de ses imaginaires et de ce qui subsistera peut-être malgré la fonte des glaces : la poésie, les histoires et les traces humaines.
La terre
est mon tapis
La terre est mon tapis
Sur lequel je me pose
Tout est doux
Le soleil caresse mon visage
Ce n'est pas le temps des glaces
Je rêve
Bientôt viendra le froid
Bientôt viendra la nuit
La longue nuit
Mais en attendant
Je me pose
Sur la terre
Tout est doux
Caroline Kempeneers

Du côté visible de l’iceberg, Fragments d’un pays vert raconte une histoire de rencontres, de voyages et d’expéditions.
Sa partie immergée nous parle d’imaginaires, de mémoire, de silence et de territoires intérieurs.
Un iceberg souffle, craque puis se retourne.
Assister à cet effondrement gigantesque avant de voir surgir un bleu topaze éclatant est une expérience saisissante.
Nous avons tous espéré que ce phénomène puisse devenir la métaphore d’un possible renversement de notre propre société.

Archives
Jean Harlez, Marcelle Dumont, films documentaires, journal de bord et mémoire cinématographique.
Résidence
Kulusuk, Tasiilaq, le voilier Knut, photographies, dessins, écriture et collectes sonores.
Poésie
Carl Norac, Knud Rasmussen, Paul-Émile Victor, Jørn Riel et Caroline Kempeneers.
De Tiniteqilaaq à Tasiilaq,
le bal des icebergs de Sermersooq
Des grands, des petits, des rikikis
bleus, blancs
turquoises, transparents
lisses, lignés
ciselés, morcelés
cent, mille
cent mille, un million
des fendus, des entiers
des fondus
des fêlés
des fripés
des ridés
en vaguelette
en gouttes d'eau
en sirus
en stratus
en nimbus
en poudre, en plâtre, en plastique
en frigolite
en crépon
en dentelle
des dentiers
des canines
-avec ou sans trous-
Une tête de hibou.
Ceux qui brillent
qui scintillent
qui accrochent
qui s'accrochent
les grisonnants
les grisés
les givrés
les usés
les isolés
inaccessibles
à portée de main
les avants
les arrières-trains
devant, derrière
de côtés
éclairés
invisibles
invincibles
les guerriers
-avec ou sans piques-
Un casque de viking.
Les arches de Normandie
la grande muraille de Chine
la pyramide de Keops
le rocher du roi Lion
les criques
ceux qui craquent
que l'on croque
les orgues de Barbarie
Notre-Dame de Paris
Des choux à la crème
des choux de Bruxelles
des jambonneaux ficelés
des flancs à la vanille
des esquimaux igloos
des paellas aux fruits de mer
des escargots de Bourgogne
des carcasses de baleine
des écailles de poissons
des pustuleux, des boursouflés
des monstrueux
-avec ou sans cornes-
Des dinosaures.
Des protozoaires
des navires de guerre
des navettes spatiales
des cavernes préhistoriques
un safari arctique
des chiens, des ours,
des singes, des cygnes, des guépards
des léopards
tachetés, zébrés
rayés,
élancés
en éventail
en épouvantail
en paravent
en montagne
en colline
un tableau de Picasso
des cubes à gogo
-avec ou sans goélands-
Icebergs.
Nuages du Groenland,
quand je vous vois,
je fonds.
Caroline Kempeneers



Écouter des fragments sonores de l'installation
Tupilaat
et imaginaires inuit
Au bonheur des Tupilaks ouvre une autre porte du voyage : figures chamaniques, métamorphoses, objets de protection ou de trouble, sculptures en os, bois, pierre et matières rares.
Cette collection rejoint les voix, les récits et les paysages pour former une traversée aux frontières du documentaire, de l’anthropologie, du réel et du rêve.

Écouter
Dans les casques audio se croisent les voix et textes de Jean Harlez, Marcelle Dumont, Carl Norac et Caroline Kempeneers, accompagnés des écrits de Knud Rasmussen, Paul-Émile Victor et Jørn Riel, sur des créations sonores de Margaret Hermant et Fabien Leseure.
Regarder
Les photographies de Caroline Kempeneers, la collection exceptionnelle de Tupilaat de Carl Norac ainsi que la madone Notre-Dame du chemin de la Lune de Jean Harlez prolongent ce voyage géopoétique aux frontières du documentaire, de l’anthropologie, du réel et du rêve.
Traverser
J’espère que cette installation vous emmènera de découverte en découverte et que la sagesse, l’humour et la poésie de ce territoire vous accompagneront longtemps après la traversée.
Poursuivre le voyage
Liens, galerie, catalogue, presse et fragments sonores autour de l’exposition.